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Respect, gilets jaunes et macron. En quoi le mépris nourrit-il la colère politique ?

Jeudi, 13 Décembre, 2018

rappel des faits Quatre chercheurs et professeurs s’interrogent sur les formes variées du mépris contemporain et la crise du respect qui sourd à travers lui.Page Neuf amp; Mizuno Chaussures Achat 11 Running D Vente De qaBOxPw6
Alexandre Eyriès Enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bourgogne
Isabelle Mathieu Ingénieure de recherche
Claude Habib Auteure et professeure émérite de littérature à la Sorbonne Nouvelle
Madeleine Pastinelli Professeure au département de sociologie de l’université Laval (Canada)

UN COLLOQUE, QUI s’est tenu le 6 décembre À paris (PROPÉDIA), a ANALYSÉ le respect perçu du point de vue social, sociétal, numérique, POLITIQUE…

en quête de respect

Alexandre Eyriès

Enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Bourgogne

« Twitter participe, de fait, à la déritualisation du politique, parce qu’il n’y a plus de filtre entre espace public et espace privé, entre parole officielle et expressions de ressentis, de commentaires, de confidences… La communication politique sur Twitter ne consacre plus, elle peut légitimer, mais indirectement, prenant acte beaucoup plus qu’elle n’institue ; témoin le célèbre “Four more years” de Barack Obama, faisant suite à sa réélection. » La volonté de transparence des hommes politiques les conduit à jouer un jeu dangereux, celui de la Cérémonie cannibale (Salmon, Fayard, 2013) au cours de laquelle l’homme politique est désacralisé, profané par les médias et éclairé par les flammes de sa propre dévoration.

En effet, les leaders politiques mettent en place des stratégies de communication mettant en scène et surjouant leur proximité avec leurs électeurs potentiels. Cette logique de désintermédiation est encore renforcée par la montée en puissance des réseaux sociaux sur lesquels les hommes politiques construisent leur image publique, au risque de voir leur image s’éroder progressivement. Sur Twitter, la parole politique se trouve débarrassée du poids des conventions, du cérémonial et des rôles à jouer. Les rites politiques comportent une dimension théâtrale et tragique qui est là évacuée, au profit d’une connivence, d’une spontanéité et d’un caractère émotionnel de plus en plus affirmé. De la déritualisation à la désacralisation, il n’y a qu’un pas que notre société démocratique a allègrement franchi.

Dans un contexte de crise du respect et de la confiance envers la classe politique, certaines déclarations mal préparées ou phrases assassines contribuent un peu plus à désacraliser la fonction politique et présidentielle. Le rituel politique comporte une structure narrative dramatique et une dimension tragique, quasi absente de Twitter, qui peuvent davantage être lues comme une fresque pointilliste. La dimension formelle et officielle de la ritualité politique est évacuée au profit d’une convivialité de bon aloi, de la spontanéité et de la connivence qui sont censées régir les expressions numériques. A contrario, un espace inédit s’est aussi ouvert pour les violences, les détournements, les parodies et la désacralisation. C’est à ce titre qu’à vouloir être plus proches, plus accessibles, plus modernes, plus réactifs, les politiques s’exposent à une perte de crédibilité de leur parole et de leur action. Selon Jean Véronis, « Twitter ne libère pas la parole politique, il la répand ». Les propos indignes de la fonction présidentielle (comme le fameux « Casse-toi pauv’ con ! » de Nicolas Sarkozy au Salon de l’agriculture, le 23 février 2008, ou la phrase d’Emmanuel Macron déclarant à un jeune horticulteur au chômage qu’il n’y a qu’à traverser la rue pour trouver du travail) contribuent encore plus à une déprésidentialisation de la fonction présidentielle qui, au jeu de la proximité et de la transparence, perd beaucoup plus qu’elle ne gagne. On a souvent l’impression d’un épuisement de la parole dans sa dissémination perpétuelle et dans sa recherche constante d’une transparence artificielle.

Le général de Gaulle l’écrivait, dès 1932, dans le Fil de l’épée : « L’autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans éloignement. » À la lueur de cette déclaration, la quête irrépressible de transparence et de proximité virtuelles dans laquelle les hommes et les femmes politiques se lancent à corps perdu semble d’emblée vouée à l’échec. Le lien abîmé entre les hommes politiques et les citoyens peut toutefois être rétabli à la condition sine qua non que la communication soit utilisée à bon escient et que les politiciens professionnels manifestent envers la population ce que le philosophe Emmanuel Levinas appelle la « responsabilité (…) pour autrui, (…) pour ce qui (…) précisément (le) regarde ». 

Macron à l’épreuve de la parole votée

Isabelle Mathieu

Ingénieure de recherche

Par une sorte de dégagisme modéré de la dernière chance, Emmanuel Macron a été élu sur la base d’une méthode davantage que sur un programme. La doctrine du « en même temps » supposait de protéger et de libérer dans un même mouvement, tandis que la campagne construite sur une base proclamée participative laissait entrevoir l’espoir d’un renouvellement des pratiques de gouvernement. Las ! La crise des gilets jaunes vient brutalement rappeler le président à ses engagements. Pas tant sur son programme, car force est de constater que ce qui avait été annoncé est mis en œuvre. Que l’opposition s’y oppose est dans l’ordre démocratique des choses : de ce point de vue, la mobilisation des gilets jaunes, qui reste numériquement faible et rassemble essentiellement des citoyens qui n’ont pas voté pour Emmanuel Macron, ne devrait pas inquiéter un gouvernement issu des urnes il y a seulement dix-huit mois.

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Mais, plus profondément, ce mouvement révèle le grippage de l’ensemble du système politique dans sa dimension communicationnelle. La nomination d’un premier ministre issu de la droite, disciple d’Alain Juppé, constituait d’emblée un mauvais signal quant à la capacité d’Emmanuel Macron de tenir sa promesse de renouvellement de la vie politique. De fait, il apparaît qu’Édouard Philippe, dans sa pratique, est totalement étranger au projet qui était celui du candidat Macron. En témoignent des mesures autoritaires, telles que la baisse des APL ou la limitation de vitesse à 80 km/h, qui signalent l’incapacité du gouvernement à entendre les contraintes et les besoins de la population, à mettre en œuvre la délicate dialectique du « en même temps ».

Emmanuel Macron aurait dû davantage écouter les commentateurs qui, dès le début de son mandat, ont tenté d’alerter sur la verticalité du pouvoir et la confiance excessive dans une technostructure déconnectée de la vie réelle. Au lieu de cela, il a chargé la barque des dysfonctionnements. Croyant pouvoir s’appuyer durablement sur une majorité législative qui s’est montrée incapable de faire vivre la diversité qui fondait la doctrine macroniste, il n’a pas jugé utile de faire de LaREM un véritable parti politique, susceptible d’être une courroie de transmission entre le gouvernement et les citoyens.

Fort de la conviction qu’il allait rapidement faire ses preuves en marchant, le président a dédaigné les élus de terrain, les syndicats, les associations : toutes ces instances de médiation sans lesquelles la démocratie ne peut pas vivre. Et comme si cela ne suffisait pas, il ne s’est pas méfié des journalistes, pourtant tout aussi indispensables dans une démocratie apaisée : il a préféré les tenir à une distance dédaigneuse, sous-estimant la puissance dont Internet les a dotés. La façon dont la presse a amplifié le mouvement des gilets jaunes, en le gratifiant d’une surmédiatisation hors du commun, peut être lue comme la réponse de la bergère humiliée au berger arrogant.4 Gtx Mizuno Wave Homme Chaussures Mujin Bleu Greenery Dressvert IwUaznqng

Au manque de respect de la méthode promise, les gilets jaunes répondent par un violent mépris, tant à l’égard de la personne du président qu’envers les règles institutionnelles. La haine, qui pointe derrière ce mépris, signale avant tout l’urgente nécessité de mettre les institutions et leur fonctionnement en conformité avec les exigences complexes du moment. C’est à ce prix seulement que le pouvoir politique pourra accomplir sa mission, qui reste de définir l’intérêt général, au-delà des intérêts particuliers contradictoires. 

LE TOURNANT

Claude Habib

Auteure et professeure émérite de littérature à la Sorbonne Nouvelle

La crise du respect est partout tangible : les professeurs furent parmi les premiers à la ressentir, mais aussi les médecins, les responsables politiques ou syndicaux ; tous ceux dont l’autorité, qu’elle soit fondée sur le savoir ou l’élection, ne faisait pas de doute autrefois se retrouvent aujourd’hui mis en question ou bousculés. Dans l’enseignement, des chahuts ont toujours eu lieu, mais non pas des menaces : elles sont devenues courantes. Qu’un professeur soit défié par des élèves ou des parents d’élèves, cela ne fait pas un titre de journal. Sujet de discussion en salle des profs, tout au plus. Il faut sortir une arme pour que le JT s’émeuve. Irrespect envers le médecin à qui l’on intime de prescrire tel ou tel médicament, sans se soumettre à son examen. Colère au guichet, grogne dans les files d’attente, malveillance au volant. Quant aux professions chargées du maintien de l’ordre ou de la protection des biens, elles essuient plus que des insultes : pompiers, policiers, vigiles sont des cibles. Les chauffeurs de bus ou les contrôleurs de train ne sont pas épargnés. Combien d’entre eux confient prendre leur service « la peur au ventre » ?

Cette brutalisation générale s’est produite au croisement de deux facteurs, l’un est socio-politique et l’autre technologique. Le premier facteur, c’est l’égalisation des conditions dont parlait Tocqueville. Dans la société démocratique qu’il voyait se développer, il y a toujours des riches et des pauvres, bien sûr, mais il n’y a plus de différence d’essence entre des conditions séparées – celles de l’homme d’église, de l’homme d’épée, de l’homme de loi. Sur le plan politique, le suffrage censitaire distinguait le possédant et le démuni. Par l’effet du suffrage universel, un homme en vaut un autre. Bientôt, un être humain en vaudra un autre : dans tous les pays démocratiques, les femmes sont appelées à participer aux élections. Hommes, femmes, riches, pauvres, ignorants et savants, mais aussi jeunes et vieux : ce nivellement n’est évidemment pas du goût de tout le monde, mais il est constitutif de notre condition démocratique. Vivre ensemble, c’est accepter que ces différences, qui persistent, ne produisent pas de privilège : dans notre régime, tous ont voix.

Le second facteur, c’est l’horizontalité d’Internet. Il est un porte-voix puissant pour ceux qui ne se contentent pas d’être une voix tous les quatre ans, le jour du vote. Il fait aussi régner un immense brouhaha, et nous sommes encore en phase d’adaptation : « On finira par faire les cours par mail », me glisse une collègue à qui ses étudiants n’ont pas laissé le loisir de faire une reprise – « OK, vous n’avez qu’à nous l’envoyer. » Bonjour ! Hello ! L’accessibilité permanente de tous par chacun, c’est la fin du silence, de la réflexion, du repos.

Simultanément, l’accessibilité est un bienfait. Internet facilite la circulation des pétitions, la synchronisation des groupes, les réunions instantanées sur le modèle des flashmobs. Il répercute la spontanéité émotive – celle de la compassion, lors des catastrophes naturelles, ou celle de la colère durant les crises politiques. Permettra-t-il d’œuvrer pour l’entente ? D’élaborer, plutôt que de réagir ? De structurer un modèle d’avenir plausible, prospère et soutenable ?

C’est le tournant où nous sommes.

Il faut espérer que la contestation populaire ne versera pas dans l’ivresse populiste. Ses effets hors de France existent. Ils s’appellent Trump, Brexit, Ligue du Nord. Ils font peur. 

La transformation de nos sensibilités

Madeleine Pastinelli

Professeure au département de sociologie de l’université Laval (Canada)Callaghan Chaussures Black Noir Talons Femme À 21206 Sandales De

Pour l’observatrice nord-américaine que je suis, la question qui consiste à savoir si nos sociétés connaissent une crise du respect commande de réfléchir à l’écart qui sépare les questions de la reconnaissance et de l’inclusion, qui sont de l’ordre du symbolique, et celles qui concernent plutôt la distribution de la richesse et l’accès aux espaces de pouvoir. De fait, selon que l’on s’intéresse plus aux unes ou aux autres, on pourra juger que les sociétés occidentales sont de moins en moins tolérantes au mépris ou, à l’inverse, considérer qu’elles s’en accommodent plutôt bien. Si les inégalités matérielles n’ont pas diminué au cours des dernières décennies, voire tendent plutôt à s’accroître, nos sociétés se montrent, en revanche, de plus en plus sensibles à certaines formes de mépris. À l’échelle individuelle, on s’inquiète désormais des différentes formes d’atteintes à l’intégrité morale et psychologique des personnes, lesquelles étaient encore de l’ordre de l’impensé il y a quelques décennies. En effet, depuis la fin des années 1990, on prend de plus en plus au sérieux ces différentes atteintes à l’image de soi que sont le harcèlement moral, l’intimidation ou la violence psychologique, tant dans les milieux de travail, le cadre scolaire, les relations familiales que dans maints autres contextes. Si on s’en préoccupe de plus en plus, ce n’est pas tant parce que ce type de violence serait plus répandu aujourd’hui qu’il ne le fut dans le dernier tiers du XXe siècle, mais vraisemblablement parce que l’individualisation croissante des rapports sociaux a rendu les besoins de reconnaissance des individus plus impératifs.

À l’échelle des identités collectives, le mépris qui affecte plus qu’autrefois, c’est celui qui se manifeste par l’invisibilisation, l’exclusion ou la dévalorisation systématique de catégories de personnes en position minoritaire : femmes, personnes de couleur, celles en situation de handicap, celles qui sont normativement jugées non conformes aux attentes de genre ou d’orientation sexuelle ou encore celles qui appartiennent à une minorité ethnique ou religieuse. Le mépris visant ces catégories de personnes est loin d’avoir disparu, cependant que nos sociétés semblent de moins en moins confortables avec celui-ci. Elles se montrent de plus en plus enclines à revoir régulièrement les règles du jeu et le fonctionnement des institutions selon une perspective davantage pluraliste. On assiste, en effet, à une multiplication de(s) changements censés favoriser une meilleure inclusion des personnes en position minoritaire, en même temps que se transforment les limites du dicible relatives aux manières de nommer et de représenter publiquement les minorités.

Certes, on peut se désoler que ces changements ne se jouent, pour l’essentiel, qu’au plan symbolique du langage, des images et des représentations et du fait qu’ils canalisent beaucoup d’attention et d’énergie, parfois au détriment d’une véritable lutte visant à limiter les inégalités matérielles que subissent la plupart de ces catégories de personnes. Or, on aurait certainement tort de négliger leur importance et de les réduire à des exigences de « rectitude politique ». Ces normes qui changent témoignent plutôt de la transformation de nos sensibilités envers le mépris. Si certaines formes de mépris hautement détestables ne semblent pas susciter d’indignation, d’autres, en revanche, notamment celles qui ont pour objet les identités des plus faibles, semblent en voie de devenir de moins en moins tolérables.  

À paraître : Comment peut-on être tolérant ?, de Claude Habib. Éditions Desclée de Brouwer, 284 pages, 18 euros.
 

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